Lucas Becue : "Quand on est au volant à 180 km/h, on se sent invincible"
- 21 janv.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 22 janv.
Le championnat de France de rallye débutera le 26 mars, pour le plus grand plaisir des milliers de spectateurs qui se pressent chaque week-end le long des routes. Tandis que les pilotes profitent de l’hiver pour préparer leur saison. Hors-Champs vous plonge dans l’univers d’un sport populaire, trop peu mis en avant dans les médias nationaux. À travers le témoignage de Lucas Becue, pilote lensois de 27 ans, photographe et vidéaste de profession, découvrez le parcours d’un pilote amateur engagé sur des rallyes de la Coupe de France. Initié très jeune à la course automobile par son père pilote de course de côte, il remporte le Challenge R1 en 2021. Lucas Becue évoque sa passion, les sensations uniques du rallye et les difficultés rencontrées par les pilotes amateurs dans une discipline exigeante et coûteuse.

Quel est ton premier souvenir de rallye ?
C’est difficile d’identifier un moment précis. Quand j’étais enfant, j’accompagnais mon père le week-end. Il était pilote en course de côte et travaillait dans le milieu de l’automobile. Il ramenait régulièrement de belles voitures à la maison et cet univers a toujours fait partie de ma vie. Les déplacements en famille sur les routes, dans le plus pur amateurisme sont des souvenirs qui m’ont profondément marqué. Je suis né dans un baquet.
Comment as-tu débuté dans le sport automobile ?
Mon père m’a acheté un karting quand j'étais plus jeune mais je n’en ai jamais fait en compétition. En 2017, j’ai commencé à être son copilote sur des rallyes locaux avant qu’il n’arrête la compétition. J’ai obtenu ma première voiture en 2020, pendant la période du Covid mais je n’ai pu participer qu’au rallye de Béthune cette année-là. Pour ma première expérience au volant j’ai remporté ma catégorie avec une DS3 R1. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de structurer un budget pour concourir plus sérieusement.
La stat clé
250
C'est le nombre de rallyes organisés chaque année en France
Un pilote t’a-t-il inspiré en particulier ?
Évidemment, Sébastien Loeb et ses neuf titres en WRC (Championnat du monde des rallyes) a été un modèle à mes yeux. J’ai passé des centaines d’heures à analyser ses trajectoires, ses prise de notes et sa gestion de course. S’inspirer des meilleurs est indispensable pour progresser. Mais je m’intéresse aussi beaucoup à des pilotes régionaux et nationaux au niveau très respectable comme Pierre-Alexandre Perrin ou Arthur Pelamourgues.

Comment as-tu évolué en tant que pilote ces cinq dernières années ?
À mes débuts, ma prise de notes était très approximative. J’ai beaucoup progressé sur cet aspect. Lors de mes premières saisons, je prenais énormément de risques pour creuser l’écart en début de course. Mais rouler au-delà de la limite mène forcément à faire des erreurs. Aujourd’hui, j’ai une approche plus mesurée et stratégique.
Comment fonctionne la relation avec un copilote ?
Le copilote guide le pilote en course. Lors des reconnaissances, il indique la direction à suivre tandis que je lui décris la route, l’état de la chaussée, les points de freinages et les passages de vitesses. En spéciale, je ne réfléchis plus, je suis ses indications. Il faut une confiance totale. Il m'arrive égalemement d'être copilote afin d'apporter une vision de pilote supplémentaire dans une voiture. Le rallye met en valeur les équipages expérimentés, la complémentarité et l’expérience des binômes amènent à te bonnes performances.
Combien ça coûte de faire du rallye ?
Il faut compter entre 15 000 et 30 000 euros pour une saison, sans inclure les révisions et les changements de pièces. Actuellement, ma voiture est immobilisée suite à une casse moteur survenue en septembre 2025. Je n’ai pas les 10 000 euros nécessaires pour le remplacer malgré mon travail à temps plein. Les sponsors sont indispensables dans le sport automobile. C’est extrêmement frustrant d’avoir la capacité de faire de bons résultats mais que le matériel ne le permet pas. Aujourd’hui, je suis passé d’une dizaine de courses par an à seulement cinq ou six.

En quoi les réseaux sociaux sont-ils importants pour toi ?
Je pense être l’un des rares pilotes amateurs à communiquer autant. J’ai toujours aimé filmer et photographier au point d’en faire mon métier. Au départ, c’était pour partager ma passion, puis j’ai compris que cette visibilité pouvait intéresser des marques. Mes images embarquées, combinées aux résultats ont attiré des sponsors. J’ai construit l’image d’un pilote spectaculaire et les spectateurs restent jusqu’à la fin pour me voir passer et partager des images sur les réseaux sociaux. Malgré tout, il y a aussi une part de négatif avec des commentaires malveillants ou des menaces reçues par le passé.
Quelles émotions ressent-on dans une voiture de course ?
À 180 km/h, on se sent invincible, même s’il faut rester lucide. Le public au bord des routes amplifie les sensations. Mais le rallye amateur, c’est surtout une aventure humaine et familiale. Mon plus beau souvenir reste les larmes de mon père lors de ma victoire au Challenge R1. Avec les difficultés financières récentes, j’avais un peu perdu cette ferveur. Une première course sur circuit, seul dans la voiture, m’a permis de me reconnecter à mon pilotage.
Quel rapport entretiens-tu avec la notion de danger ?
Le danger est toujours présent mais le jour où il nous fait peur c’est qu’il est temps d’ arrêter. Il faut aller vite mais sans prendre de risques inconsidérés. Quand je revois certaines vidéos à la fin de mes étapes je me demande si c’est bien raisonnable de prendre ces risques-là. Même si la sécurité s’est améliorée, on connaît tous quelqu’un impliqué dans un accident grave. Malgré tout, le rallye c’est comme une drogue, on a besoin de cette montée d’adrénaline. J’ai pratiqué beaucoup de sports mais il n’y a que rouler sur les routes à toute vitesse qui me procure ces sensations.

Comment peut-on devenir pilote de rallye ?
Contrairement aux idées reçues, se lancer n’est pas si compliqué. Il faut une voiture, le permis B et une licence FFSA. Trouver un copilote est souvent le plus difficile. Le principal frein reste le financement, plus que l’accès à la discipline.
Si le public est toujours présent sur le bord des routes, quels sont les obstacles au développement du rallye ?
La principale difficulté concerne les autorisations de passages dans les communes. Nombreuses d’entres elles refusent pour des raisons écologiques ou de nuisances sonores. Il arrive aussi que des personnes sabotent volontairement le parcours. Les pilotes ont aussi leur part de responsabilité lors des reconnaissances qui se déroulent sur des routes ouvertes et durant lesquelles nous sommes soumis au code de la route. Enfin, le budget reste un frein majeur, un pilote mieux financé peut prendre plus de risques qu’un autre. Mais ce qui fait la force du rallye, c’est sa gratuité pour le public et la proximité unique entre les spectateurs et les pilotes.
À l’heure où chacun est appelé à faire des efforts en matière d’écologie, le rallye n’est-il pas à contre-courant des enjeux environnementaux ?
Il faut savoir que le monde du sport automobile cherche à s’adapter, notamment avec l’utilisation de carburants plus verts et de voitures électriques. À titre de comparaison, les rallyes polluent moins que le football. |Pourtant, le WRC a fait marche arrière concernant les voitures hybrides.| En effet, cette réglementation a posé d’importants problèmes de fiabilité liés au constructeur du système électrique, pénalisant pilotes et équipes. L’électrique modifie également toute la stratégie de course avec la gestion de la batterie. Et il ne faut pas être hypocrite, il est difficile d’opérer des changements sans altérer le spectacle et la performance. Je suis favorable à certaines évolutions permettant une pratique plus propre, mais pas au détriment de l’expérience de pilotage. Le grand nombre de rallyes organisés chaque année en France permet d’en trouver près de chez soi et de limiter les déplacements à l’autre bout du pays.


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