Biathlon au Grand Bornand : un rendez-vous devenu incontournable
- Terence Roulland
- 9 janv.
- 4 min de lecture
Chaque hiver, lorsque la Coupe du monde de biathlon fait étape en France, le Grand-Bornand se transforme en capitale hivernale de la discipline. Du 15 au 21 décembre 2025, 67 000 spectateurs ont assisté aux six courses organisées en Haute-Savoie, un record égalé, confirmant l’ancrage durable de l’événement. D’abord confidentiel en France, le biathlon s’est progressivement imposé comme un rendez-vous incontournable, porté par une ferveur unique, des résultats tricolores et une médiatisation croissante. Retour sur la métamorphose d’un sport devenu phénomène.

Six courses, sept podiums français et une victoire, celle de Lou Jeanmonnot sur la poursuite. Une ambiance unanimement saluée par le circuit mondial. Au Grand-Bornand, lors de cette étape de Coupe du monde disputée à la mi-décembre, bien plus qu’un simple week-end de compétition, l’événement symbolise l’évolution d’un sport autrefois discret, aujourd’hui solidement installé dans le paysage sportif français.
Avant la ferveur, un sport encore confidentiel
Au début des années 2000, le biathlon français progresse sur le plan sportif mais peine encore à exister sur la scène internationale de l’organisation. Depuis les Jeux olympiques d’Albertville en 1992, aucune épreuve majeure de niveau mondial ne s’est tenue en France à l’exception de compétitions juniors ou continentales.
Plusieurs sites : Métabief, Bessans, Autrans, Chamonix ou encore Le Grand-Bornand, se portent candidats pour accueillir une étape de la Coupe du monde. Après étude, la Fédération française de ski retient finalement Le Grand-Bornand en novembre 2007.
L’Union internationale de biathlon (IBU) donne son feu vert et confie à Annecy–Le Grand-Bornand l’organisation de plusieurs étapes : 2013, 2017, 2019, 2021, 2022 et 2024. La suite est déjà écrite : l’étape est reconduite en 2026, 2028, et le site accueillera le biathlon lors des Jeux olympiques d’hiver Alpes françaises 2030.
Le « Monaco du biathlon »
Au cœur de cette réussite se trouve le stade international Sylvie-Becaert, baptisé du nom de l’ancienne championne du monde, enfant du pays et figure du biathlon français des années 2000. Le site se distingue par son concept. Temporaire, totalement intégré au village et au paysage des Aravis, il est souvent comparé à un « circuit de Monaco » du biathlon : proche du public, spectaculaire, mais respectueux de l’environnement.

Cette proximité crée une atmosphère singulière. Devant la ligne d’arrivée et face au pas de tir, une tribune de 4 000 places rythme la course. En quelques secondes, le stade peut passer d’un brouhaha continu à un silence total, suspendu aux tirs, avant de se ranimer dès la sortie du pas de tir. Un contraste que les athlètes, français comme étrangers, décrivent régulièrement comme l’un des plus marquants du circuit.
Une ferveur devenue marque de fabrique
Avec plus de 20 000 spectateurs répartis sur le site, dans les tribunes comme le long des pistes, le Grand-Bornand est aujourd’hui considéré comme l’étape la plus chaude du calendrier mondial. Cette ferveur populaire s’appuie aussi sur une organisation massive : 980 bénévoles mobilisés en 2025, un record pour l’événement.

L’équipe de France, portée par ce public, a répondu présent. Sept podiums, une victoire, et une impression de communion rarement observée sur une étape de Coupe du monde. Ce succès sportif et populaire n’est plus un hasard, mais le fruit d’une dynamique installée dans le temps.
Quand la télévision change le destin d’un sport
Cette transformation ne s’explique pas uniquement par le terrain. Elle est aussi médiatique. En 2015, la chaîne L’Équipe récupère les droits de diffusion de la Coupe du monde de biathlon et des Championnats du monde. Un tournant.
Le biathlon devient alors le sport d’hiver central de la chaîne, diffusé en clair, accompagné d’une cinquantaine d’heures de programmes supplémentaires chaque saison. Avant et après chaque course, des émissions en direct prolongent l’expérience : analyses, pédagogie, interviews à chaud, reportages tournés tout au long de l’année.
Plus qu’une retransmission, un récit se construit. Explications sur le vent, le matériel, les choix tactiques, le pas de tir. Le téléspectateur est accompagné, même sans être spécialiste. Résultat : un sport qui compte à peine plus de 500 licenciés en France rivalise désormais en audience avec des disciplines rassemblant des millions de pratiquants.
Des champions comme accélérateurs

Cette médiatisation n’aurait pas suffi sans figures incarnées. Raphaël Poirée d’abord, puis surtout Martin Fourcade et sa décennie de domination : six titres olympiques, sept globes de cristal, treize titres mondiaux. Ils ont servi de porte d’entrée à un public élargi.
Derrière lui, une génération s’est installée : Quentin Fillon-Maillet, Émilien Jacquelin, Julia Simon, Justine Braizaz-Bouchet, et désormais Éric Perrot ou Lou Jeanmonnot. Le biathlon français n’est plus une exception passagère, mais une continuité.
Le biathlon désormais installé dans le paysage sportif français
On l’a vu, le biathlon est devenu un rendez-vous régulier et attendu. Le Grand-Bornand en est l’illustration la plus frappante. On n’y découvre plus un sport, on y célèbre une culture.
À l’heure où se profilent de nouvelles échéances olympiques, le succès populaire du Grand-Bornand pose une question simple : jusqu’où cette métamorphose peut-elle encore aller ?


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Moi qui ne me suis jamais intéressé au ski, je pense que je vais commencer à regarder. C’est vraiment bien fait ces articles !